Sous l’emprise de drogues légales

Je ne vais pas passer par quatre chemins, je suis une droguée. J’avale un certain nombre de comprimés au quotidien. Certains me permettent de fonctionner normalement sur le long terme, d’autres me sont vitaux. Les génies en blouses blanches me disent que les recherches continuent. Pour l’heure, il faut se droguer. A mon âge, j’ai un pilulier. Je ne veux surtout pas me tromper dans les dosages.

Tout a commencé très tôt. L’adolescence. A l’époque, je me faufilais déjà dans la chambre des parents. La boîte à pharmacie y était cachée. Mère me réprimandait souvent. Je n’en avais cure. La douleur m’effrayait. Il fallait la neutraliser.

Dans mon article Migraine, mon amour, je vous parlais de mon premier amour. Il est celui qui m’a initiée aux drogues. Dès lors, nous sommes devenues inséparables. De plus en plus clémente envers moi, elle prend bien soin de m’annoncer sa venue. Pendant plusieurs minutes, une multitude d’étoiles filantes défilent sous mes yeux ; ma vue se trouble. Je m’attends au pire. Alors, la douleur s’installe progressivement et avec elle, ma joie de vivre se retire.

Ma première confrontation avec la mort a eu lieu à 17 ans. Je ne m’alimentais plus. Père devait me porter lors des déplacements. Le soir, seule dans ma chambre, je priais. J’implorais Dieu de m’accorder davantage de temps. J’y ai survécu. Cela dit, en grandissant, les choses se sont dégradées. De révélations en révélations, toute la confiance que j’avais en ce corps s’ébranlait.

Aujourd’hui, ce n’est pas tant la mort qui m’effraie, c’est la déchéance. Perdre son autonomie, dépendre des autres. Être un fardeau dans la vie de ses proches. Demeurer esclave d’un corps inutile. Selon Philip Ross, éminent auteur américain, la vieillesse est un massacre. A mon sens, la maladie est une abomination.

La maladresse du peuple ! Ces personnes qui jugent, qui se targuent de mener une existence saine, sans produits chimiques. Elles se soignent avec les plantes et le revendiquent. Elles s’érigent en donneuses de leçons et vous regardent du coin de l’œil. Ah ! Que ne donnerais-je pas pour m’extirper de l’emprise de ces drogues ? Vivre a un coût et ceci est le mien.

Mon existence est une succession de choix décisifs. Quel poison essayer lorsque le précédent ne fonctionne pas ? Traiter une affection en prenant le risque d’en créer une autre. Ils appellent cela « les effets secondaires ». Selon moi, c’est « le prix à payer ».

Lorsque l’on traverse une cascade d’épreuves, il n’est pas rare que l’on finisse par s’attendre systématiquement au pire. J’en fis les frais il y a de cela quelques semaines. J’écoutais un épisode du podcast « Tant que je serai noire » qui traite du désir et non désir de maternité des femmes noires. L’invitée du jour s’appelait Sandrine. Elle est présidente de l’association UTASA qui informe les afrodescendants sur les questions d’infertilité.

Tout au long de l’épisode, elle nous expose les horreurs, tant psychologiques que physiques, dont elle a été victime. A l’aube de la trentaine, elle découvre, dans de terribles conditions, son infertilité et dans le même temps, son non désir de maternité. Elle subit par la suite de lourdes opérations et plongent enfin dans une dépression.

L’histoire de Sandrine m’a bouleversée. J’ai aussitôt été prise de panique. Il se pourrait que je sois dans le même cas qu’elle. Il ne pouvait en être autrement. Il fallait agir vite, faire les tests nécessaires, traiter le mal à la racine. J’aime avoir un contrôle sur les événements. Désormais, plus que d’ordinaire. Toujours s’attendre au pire tout en espérant le meilleur. Certains me chahutent en me traitant d’hypocondriaque. Je ne leur en veux pas, ils ne savent pas tout.

L’une de mes amies m’a conseillé de lire le livre « Le secret » écrit par l’auteure australienne Rhonda Byrne. Ce livre traite du développement personnel et s’emploie à dévoiler un secret qui permettrait de mener l’existence que l’on souhaite. Selon l’auteure, il existe une loi de l’attraction et lorsque l’on est dans un certain état d’esprit positif, l’univers entier nous renvoie des ondes positives.

En réalité, je ne suis pas une grande adepte des livres de développement personnel. Ils ne m’apportent jamais rien. Donc je ne lirai peut-être pas ce livre. Pour autant, la description a résonné en moi.

Auparavant, j’avais l’intime conviction que le sort me réservait une existence brève. Si cela ne m’a jamais effrayée, j’ai néanmoins pris mes dispositions. Ce faisant, je suis devenue une femme pleine de vie et de joie. J’aime intensément et je me donne corps et âme. Je n’ai aucune pudeur vis à vis de mes sentiments. Je les exhibe, je les crie. En cela, je vis.

A présent, la fin ne me hante plus.  Le principe de l’attraction évoqué par l’auteure dans « Le secret » est un comportement que j’adoptais déjà dans certains moments troubles. Je continue à vivre pleinement tout en essayant de me focaliser sur l’instant présent.

Ce texte n’a pas vocation à engendrer de la tristesse chez le lecteur. C’est un cri d’espoir. Dans la vie, il n’est rien d’insurmontable. Certains événements surviennent et, tels des électrochocs, nous ouvrent les yeux.  Peu importe le temps qui nous est accordé ici-bas, l’important est de l’utiliser à bon escient.

Avec passion,

Dyna.